Nos histoires vécues!

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314r
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Nos histoires vécues!

Message par 314r »

Intro:
j'avais fermé mon compte et mon nom d'utilisateur 3.14R mais je viens de me réinscrire sous 314r
J'ai changé, mais je suis le même ;)

Depuis un boutte que je pense à créer un post spécial sur le forum et bien je me lance.
_______

bon jour, bon soir ou bonne nuit,
dépendamment de l'heure à laquelle vous lisez ceci.

L'idée du sujet qui me trotte dans la tête c'est de rassembler des histoires des membres du forum qui n'écrivent pas ou très rarement, et bien sûr, les histoires des habitués(es) du clavier.

Histoires, témoignages et autres anecdotes de vie, les trucs spéciaux qui n'arrivent qu'à nous, les épreuves qu'ont a subis et dont nous sommes sortis, comme celles qu'ont traînent avec difficulté.

On y va comme ça vient. Quelques phrases ou plusieurs paragraphes, autant d'histoires qu'on veut, dans autant de messages que nécessaires. J'imagine que le sujet n'est pas un espace pour demander de l'aide mais pour Témoigner.

Pas de jugement et beaucoup de respect entre nous. On est qui on est pi c'est toute. On dit ce qui nous est arrivé pi c'est toute. Écrire ça fait du bien et lire ce qu'ont vécus des gens qui souffrent mentalement aussi.
Avec plus de 11150 membres on a de quoi prendre la parole.

Hâte de vous lire!
Pierre

p.s. : j'ai moi même quelques histoires à raconter
314r
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Re: Nos histoires vécues!

Message par 314r »

Ok, je commence, dans l'espoir de lire vos histoires.

Je vais raconter comme ça vient et sans trop relire ni corriger. Spontanéité comme quand on jase. J'écris ce qui me vient en tête mais avec l'idée de partager une partie de mon parcours.

Entre ma naissance et aujourd'hui j'ai ... changé et je vais continuer de le faire. Donc ce que j'ai vécu dans le passé reste là. Je réactualise pas le truc parce que je l'écris.
___

Je ne sais pas si vous avez des fois ce feeling là d'avoir vécu plus qu'une seule vie? J'ai cette impression là d'avoir plusieurs fragments qui, ensemble, font mon parcours. Et presque toujours, la fin d'un fragment de vie coincide avec un évenement majeur: accident, rupture, deuil, naissance, disparition d'un être cher etc... Comme si ma vie changeait complètement de bord.

Du plus loin que je me souviens j'ai été mis de côté par l'école et les gens en général. Ma mère était bien bipolaire à tendance dépressive mais elle a vécu deux bons high maniaques. Le premier a duré un bon gros deux ans. Sûrement pas pris ses médocs la mama. Elle était devenue antiquaire et il y avait des meubles en bois recouvert de bâches en plastique partout dans la cour et sur le terrain d'en avant. Elle s'en faisait voler toutes les semaines. Je devais avoir dans les 7 ou 8 ans et je devais couver la maladie, haha. Mon père rongeait son frein et des chicanes ont éclatés plusieurs fois dans la cabane. Mais bon, j'avais rien à dire.

Je parlais très peu et ne connaissais pas beaucoup de mots, on ne m,avait pas vraiment appris à parler. Probablement que c'était ça qui m,avait fait défaut à la petite école. Bref, en cinquième année on m'a retiré des classes régulières pour me placer dans un groupe de délinquants. Allo? Des troubles et de la misère durant bien des années avant de sortir de là. C'est plûtot là que la délinquance a commencée pour se terminer cinq ans plus tard grâce à la vague hippies qui balayait le Québec.

Je n'ai pas été scolarisé avant l'âge de 25 ans, formation aux adultes. Donc tout ce temps, j'utilisais les mots que j'entendais avec une intuition de ce que je pensais qu'ils voulaient dire. Les réactions de gens me disaient bien que j'étais mal compris. Des problèmes parce que ce que les gens comprenaient n'était pas ce que je pensais dire. L'utilisation d'un dictionnaire à 25 ans a été un choc monumental. J'ai pris conscience que je connaissais pas du tout les significations des mots et je capotais solide de voir à quel point j'étais dans le champs. On pouvait bien me trouver bizarre.

Après quelques mois à paranoier ma vie, j'ai commencé à prendre du plaisir à chercher le sens des mots. Depuis presque 40 ans maintenant je pioche dans le dictionnaire. Rarement depuis quelques années, mais je cherche encore des nuances à travers les synonymes. Tout n,est pas noir ou blanc.

Mais la blessure de la communication avec les autres est encore là. Mon parler est problématique, plus qu'à l'écris mettons. On dirait que plus je parle moins on me comprends. Alors je me suis isolé et refermé. Je dis bonjour, salut, comment ça va mais je jase rarement avec les autres. Je me sens bien trop différent. Jeune, j'étais silencieux parce que je connaissais pas assez de mots et là, je garde le silence parce que j'en utilise trop? Et surement pas comme il faut.

Si j'avais pas été à l'école à 25 ans et que je ne m'étais pas mis en tête d'apprendre le sens des mots je n'aurais pas un si bon moral. L'écriture est LE moyen que j'utilise le plus pour garder le moral. Et je pratique toujours une activité de bricolage ou une autre. Dessin, peinture, sculpture. Des arts visuels la plupart de temps. Et des fois de la poésie.

Et vous, une partie de votre parcours ressemble à quoi?
314r
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Re: Nos histoires vécues!

Message par 314r »

En attendant de lire vos histoires j'en ajoute une des miennes?
___

On recule 25 ans avant mon diagnostique, soit vers la fin des années 1980 (ouch)!

Je vivais dans un logement très bruyant que je louais. J'étais dans une période durant laquelle j'essayais d'apprendre à dessiner et je prenais ça au sérieux mais le bruit qu'il y avait dans ce logement-là... l'enfer pour moi à cette époque. Je n'arrivais juste pas à me concentrer pour dessiner. Parfois, la nuit je dessinais, mais c'était pas une vie.

Le logement donnait accès à la moitié du sous-sol de la maison (un triplex).

La cave était en béton et j'y ai contruit une pièce pour dessiner mais attention, pas n'importe quoi. Et pas n'importe comment. La pièce mesurait autour des 2 mètres par 3 (un débarras) Elle était faite selon les normes de la construction, j'avais isolé les murs avec de la laine isolante contre les sons, j'avais construit un plancher isolé du froid et un plafond suspendu doublement isolé contre les bruits. Une porte à l'épreuve du son bloquait ce minuscule espace, c'était hermétique. Mais quand je fermais la porte, il manquait d'air pour respirer en quelques minutes. J'ai donc installé un ventilateur connecté à un tuyau dans une fenêtre qui donnait sur la ruelle. Du gros gros bidouillage. Le ventilateur en était un de salle de bain, silencieux mais quand même, il était bruyant, moi qui voulait le silence.

La table à dessin, contruite en même temps que ce "garde-robe" faisait un L et une seul chaise pouvait servir de meuble. Une vraie joke. Le pire c'est que tout ça a couté cher en matériaux de construction:
des 2x4 et des clous et des vis,
de la laine isolante,
du bois de finition pour l'intérieur et l'extérieur,
porte, pentures et poigné,
du contreplaqué pour le plancher et pour la table à dessin,
éclairage et ventilateur + tuyau,
filage électrique,

non mais j'ai construit une mini pièce qui m'a couté cher en quelques jours de 16h d'ouvrage par jour, j'étais frénétique et motivé là.

Mais une fois installé pour dessiner, les vibrations sourdes des gens qui piochent sur les planchers et la vibration des basses dans la musique et les bruits de plomberie, de balayeuse et bien tout ça traversaient quand même mon cocon et je ne réussissais pas plus à obtenir le silence.

Après quelques mois sans l'utiliser, j'ai tout démoli et j'ai sorti les matériaux aux vidanges. Regards en biais des gens du quartier qui m'ont vu aller le temps que "je bâtissais" et le temps où "je détruisais". Haha

Ben l'idée qui me reste de ça c'est que ma blonde de l'époque m'a demandé un moment donné si j'étais pas maniaco-dépressif comme ma mère, par hasard? J'ai laissé dire, j'ai pas relevé le truc, mais aujourd'hui je vois bien qu'à l'occasion, dans mon passé, j'ai eu des comportements intenses bien avant mon diagnostique.
___

J'aimerais ça lire de vos anecdotes de vie, laissez vous écrire :D
christol555
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Re: Nos histoires vécues!

Message par christol555 »

Bonjour à tous,

Je suis nouveau sur le forum, je viens de découvrir cet espace et je suis tombé sur ce post de 314r qui m'appelait à écrire sur mon histoire...

Je suis quelqu'un qui n'a pas l'habitude de s'ouvrir d'emblée aux autres, surtout sur le Web ou sur quelconque média social, mais ce forum me semble être une belle source d'échange en ce qui a trait à la bipolarité. J'y ai lu beaucoup de témoignages qui m'ont frappé droit au cœur et qui m'ont aidé à me sentir moins seul dans certaines de mes souffrances récentes et passées.

Je me lance donc ainsi avec spontanéité et émotion…

La bipolarité est apparue comme une bombe dans ma vie.

J'ai eu une superbe enfance, près de ma famille, de mes grands-parents et avec un petit cercle d'amis. J'ai toujours été fondamentalement positif à l'égard de la vie. J'avais ce goût d'avancer, de toujours regarder vers l'avant. J'ai fait mon primaire dans une petite école anglophone privée, j'y suis devenu bilingue. J’adorais cette école et j'y avais de beaux liens d'amitié. L'ambiance y était familiale, le respect y régnait.

L'adolescence est arrivée par la suite et ça a été une période plus difficile pour moi au niveau personnel, une période de refoulement. J'ai dû changer d'école pour aller au public. J’ai perdu mon cercle d’amis du jour au lendemain, j'y ai vu et vécu l'intimidation, ce qui m'a orienté vers ce qui m'apportait du réconfort, les études. Je ne faisais qu'étudier et le désir de performer était au premier plan de mon esprit. Tout le reste était secondaire. J'aimais tellement ça. Je socialisais par le biais des études, en aidant ceux qui avaient plus de difficulté. J’avançais à ma façon sans trop me soucier de ce que les autres pouvaient bien en penser.

Mon rêve d'adolescent de secondaire 4 était de devenir chimiste médico-légal. Un mélange de chimie et d’investigation qui m’appelait grandement. J’ai donc terminé mon secondaire pour aller compléter mon DEC en chimie analytique, j’ai déménagé en résidences collégiales avec un ami de l’époque dans une autre ville. J’y ai passé 3 années de travail acharné à étudier dans mes livres, à performer dans mes études. J’adorais ça et je manquais rarement d’énergie pour atteindre mes objectifs. Je me permettais rarement de sortir et d’avoir du fun comme la plupart des étudiants le faisait. Moi ça me disait rien les partys de fin de session et toutes ces souleries… J’avais un beau climat de collocation, on avait ben du fun, mais… mon fun à moi, c’était d’étudier, de faire du calcul différentiel et intégral la porte de chambre fermée :)

Je suis ensuite entré à l’Université au BAC en chimie. J’étais toujours en résidences, mais cette fois, avec des immigrants, des inconnus. Le climat de collocation était plus difficile et je m’ennuyais beaucoup… Je passais mon temps à étudier dans ma chambre, mais… je me rendais de plus en plus compte que l’Université, ce n’était pas fait pour moi. J’avais de la difficulté à l’accepter, ça allait à l’encontre de mon plan initial, de mon rêve, mais je n’aimais pas vraiment ces cours magistraux abstraits. Je ne faisais que penser à mes stages et à la job de fin de semaine que j’avais à l’époque, je travaillais pour une compagnie pharmaceutique et j’adorais ça. Au fond de moi, je savais que je venais de découvrir mon métier, ma carrière.

Une nuit, je me suis réveillé en pleurant, c’était assez. Ces larmes étaient le premier signe de refoulement de toute la pression que je me mettais sur les épaules. J’ai donc décidé d’abandonner mon cheminement universitaire après avoir complété une session pour entrer sur le marché du travail à temps plein. Je suis retourné vivre chez mes parents et la compagnie pour laquelle j’avais été stagiaire m’a embauché du jour au lendemain. Me voici, me voilà, sur le marché du travail à temps plein à 20 ans.

Plein de responsabilités m’ont été confiées, un poste spécial, je me sentais valorisé. Quelques mois plus tard, la promotion! J’avais un super collègue de travail avec qui j’avais ben du fun, c’était ma bouée, car… le climat de travail n’était pas au top. J’encaissais beaucoup. On avait une chef d’équipe très difficile, avec beaucoup de fluctuations dans son humeur. On devait marcher sur des œufs… trop souvent. J’ai travaillé à temps plein dans ces conditions pendant 1 an.

Le temps des fêtes de 2020 arrivait et… mon esprit ne faisait que s’assombrir. J’avais entamé une psychothérapie de force, mais ma thérapeute n’avait pas l’approche appropriée pour moi à ce moment-là. Je ne voulais rien savoir des médicaments et encore moins envisager être malade. Tout ce que j’avais en tête, c’était d’avancer et de passer par-dessus, par moi-même…

Quelques mois auparavant, je venais d’avoir mon premier coup de foudre à vie, je ne connaissais pas ce sentiment, l’amour. J’ai fait mon coming out et ça a été le moment où mon cerveau a disjoncté. Je venais de tomber en dépression et je l’ignorais. J’ai dû me mettre en arrêt de travail de force, ce que je craignais le plus au monde à ce moment-là, devoir arrêter de travailler… et me retrouver à la maison avec mes pensées.

La maladie m’a vite rattrapée. J’ai très rapidement eu l’envie de disparaître, de m’enlever la vie. Je ne voyais plus rien devant moi et je voyais TOUT derrière moi, tout ce que j’avais manqué, tout ce que j’aurais dû faire ou ne pas faire, l’autocritique s’est rendue au premier plan de mon esprit et je me considérais comme un déchet de la société, j’avais honte, honte de ne pas pouvoir avancer comme je le voulais, de ne pas avoir un bon cercle d’amis, de ne pas être en couple, etc… Je n’en voulais qu’à moi-même pour tout ce qui m’arrivait et je ne cessais de me comparer en me rabaissant, je n’avais que ces pensées en boucle dans ma tête… Il n’y avait plus d’issue.

Tout ce que je n’avais pas pris le temps de vivre, les deuils, je venais de perdre ma grand-mère et mes grands-parents venaient de déménager (ils étaient mes voisins d’enfance), j’avais perdu ces repères importants en même temps sans me permettre de vivre mes émotions. La vie m’envoyait un message clair que je refusais de lire, d’accepter. Je devais m’arrêter. Arrêter d’avancer un moment. J’ai donc entamé une nouvelle psychothérapie à ce moment-là avec un autre thérapeute, psychologue que j’ai toujours à ce jour.

J’avais fini par accepter de prendre des médicaments, mais tous les traitements que mon médecin de famille m’avait prescrits se sont avérés être des échecs et on s’est vite rendu compte que je réagissais très rapidement aux médications. J’avais tenté ces médicaments, de mémoire :

1) Quetiapine (j’étais bien le jour, mais j’avais des jambes sans repos qui m’empêchaient de bien dormir)
2) Au moins 2 antidépresseurs ISRS (anxiété +++)
3) Olanzapine (je ne métabolisais pas bien la molécule)

Un jour au mois de février 2020, je me suis retrouvé aux urgences avec mes parents. Plus rien n’allait et je devais rencontrer un psychiatre. J’ai dû attendre des heures en pleurant et y passer la nuit au côté d’un jeune drogué en crise… Le lendemain matin, lorsque j’ai rencontré le psychiatre, ça a été le lien de confiance immédiat. Un premier souffle pour moi. Il m’a prescrit de la Mirtazapine et je suis retourné chez nous le lendemain. 2 jours plus tard, je réussissais à dormir, ce qui était déjà une victoire.

Les mois ont passés, j’avais entamé une thérapie de groupe à l’hôpital et… PAF, la COVID est arrivée! Tout le monde chez soi. Pour moi, étant de nature solitaire, ça n’a pas été un fardeau, j’ai continué à avancer dans mon rétablissement jusqu’à reprendre le travail quelques mois plus tard.

C’est là que mon humeur s’est remise à varier, j’étais en retour progressif. Le stress du travail était maintenant un plus grand enjeu pour moi, surtout celui que je m’imposais. J’avais l’impression que je devais m’expliquer à tout le monde par rapport à mon absence prolongée. Mon psychiatre a donc dû revoir le diagnostic initial de dépression comme étant une dépression réfractaire. J’ai donc commencé à prendre du lithium à ce moment-là. Mon humeur s’est rapidement stabilisée durant les premiers mois qui ont suivis et j’ai pu poursuivre le travail pendant une autre année et demie.

Mon psychiatre m’avait dit que, selon lui, je serais en mesure d’arrêter les médicaments après une année de traitement, chose que j’avais RETENUE dur comme fer. Je détestais prendre le lithium, j’avais beaucoup d’effets secondaires que j’endurais puisque je savais que j’allais tôt ou tard arrêter de le prendre.

Ce jour est venu, on est maintenant rendu à l’automne 2021. Mon psychiatre m’autorise à arrêter les médicaments. On a commencé par diminuer la Mirtazapine et… 1 mois plus tard, je rechutais en dépression… C’est là que j’ai fait face au mur. Je savais que ça ne tournais pas rond dans ma tête et ça faisait plusieurs mois que je n’étais pas bien. J’avais des creux et des pulsions suicidaires qui arrivaient aléatoirement malgré la prise de mes médicaments. Malgré le FAMEUX lithium. Je souffrais toujours, mais en silence puisque mon seul objectif était d’arrêter le traitement. C’est tout ce que je voulais.

Côté travail, ça ne fonctionnait plus pour moi également avec mon état. J’ai donc décidé de quitter mon emploi, celui qui me passionnait tant au tout début, pour me retrouver chez mes parents, en rechute et dans l’attente de mon rendez-vous avec mon psychiatre pour avoir mon diagnostic. Le fait de quitter mon travail a été très difficile pour moi, c’était la première fois que je me jetais dans le vide, sans repères et impuissant… J’ai également repris la psychothérapie, j’étais à fleur de peau à ce moment-là.

En attendant de le revoir, mon psychiatre a monté le dosage de mon antidépresseur au dosage initial et il a augmenté la dose de lithium. J’ai tenu ces dosages pendant 2 mois et ça a été 2 des pires mois de ma vie. Je l’ignorais à ce moment-là, mais j’avais des symptômes d’intoxication chronique au lithium que je traînais depuis plusieurs mois… Problèmes de coordination (hyperréflexie et ataxie), psoriasis incontrôlable et sans compter l’instabilité de mon humeur. Ça a été d’une telle ampleur, qu’un jour, j’ai fini par m’évanouir suite à une importante chute de pression.

Les 2 mois ont passé et j’ai fini par avoir mon rendez-vous téléphonique. Le temps des fêtes était arrivé. Je vais m’en souvenir toute ma vie de cette journée… Il m’a donné mon diagnostique de bipolarité de type II et ça s’est bien passé, j’ai un excellent psychiatre, il a su me montrer les beaux aspects de la maladie et j’étais prêt à l’entendre ce jour-là. Il m’a dit que mon traitement était un échec total et qu’on changeait d’approche puisque j’ai un profil d’humeur qui est surtout axé sur la dépression. Je débutais donc, avec espoir, la Lamotrigine en monothérapie pour remplacer mon ancien traitement. On parlait d’un minimum de 6 mois d’arrêt de travail à ce moment-là.

L’année 2022 débutait et les 3 premiers mois ont été les pires de toute ma vie, malgré l’espoir… J’ai eu tous les symptômes de sevrage possible du lithium. Je suis entré dans une sorte de cycle mixte d’humeur et j’ai rechuté à un point tel qu’un matin, je me suis levé et j’ai entamé une tentative de suicide. J’ai toujours voulu vivre fondamentalement, mais ce matin-là, il n’y avait plus rien dans mon esprit, à l’exception d’une image, celle de ma grand-mère. Je l’imaginais en train de me voir passer à l’acte et ça a été ce qui m’a retenu. J’imaginais sa bonté et ça a été suffisant pour me faire lâcher cette cravate que j’avais autour du cou. J’avais énormément de peine…

En ce qui a trait à l’aspect physique du sevrage, le pire a été les crises de jambes sans repos causées par le sevrage du lithium… J’ai eu de la difficulté à marcher pendant quelques semaines et j’ai fait de l’insomnie pendant plusieurs mois. Ces engourdissements et spasmes majeurs dans les jambes m’ont paralysé pendant des mois. J’ai dû prendre du Xanax pour venir à bout de m’endormir, moi qui a la phobie des dépendances, je détestais prendre ce médicament. J’ai dû apprivoiser mon rapport aux médicaments et revoir ma façon de voir les choses à cet égard.

J’avais toujours espoir que mon humeur se stabiliserait avec la Lamotrigine, mais ça ne fonctionnait pas. Plus le temps avançait, plus on faisait des tests avec cette médication et je n’ai jamais réussi à monter le dosage à la dose thérapeutique. Mon cerveau disjonctait à 50 mg, anxiété, irritabilité, insomnie, symptômes dépressifs… J’ai fait de l’anxiété comme je n’en avais jamais fait dans ma vie, je ne connaissais pas ce sentiment. Le temps avançait et tout ce que je voyais, c’était moi en train de ramer à contre-courant, m’éloignant de mon retour à la vie.

L’été 2022 arriva et j’ai fini par pouvoir commencer une autre médication, la Quetiapine XR. Je la prends toujours en date d’aujourd’hui et je suis en train de sevrer la Lamotrigine, mon psychiatre a conclu en un échec thérapeutique pour ce médicament. Le temps va me dire si ce traitement fonctionne, mais à date, j’ai de très bons résultats, j’ai recommencé à avoir un sommeil stable et mon humeur se stabilise de mieux en mieux. Ça me redonne donc un souffle d’espoir après avoir traversé ces mois de souffrances.

Ces temps-ci, je commence à regarder pour un emploi tranquillement, mes idées sont plus claires et je recommence à être actif de plus en plus, mais seulement une étape à la fois, un jour à la fois. Je dois me le répéter continuellement afin de lâcher prise sur mes anciens plans de vie et me laisser porter par la vague. C’est difficile de revoir sa vie sous un autre œil en sortant d’un épisode thymique. Dans mon cas, les pensées obsessives reprennent souvent de la partie, mais je sais maintenant les reconnaître afin de mieux y faire face…

Donc voilà pour mon histoire. J’ai appris beaucoup de choses dans les dernières années depuis que la maladie mentale est entrée dans ma vie… et je vais continuer à en apprendre toute ma vie. En voici quelques-unes que je vous partage :

-On ne peut avoir le contrôle de tout, mais on peut agir sur nos réactions aux évènements.
-Vivre veut tout simplement dire… vivre! Et en profiter du mieux qu’on peut le faire et à notre façon, à notre rythme. La vie n’est pas une course.
-Le temps arrange bien des choses, il faut parfois laisser le temps au temps.
-Il faut toujours garder espoir, toujours, tout est possible même lorsque tout est noir autour de nous, il y a toujours quelque chose sur quoi on peut s’accrocher, ne serait-ce qu'une petite lueur.
-Tout arrive pour une raison et il est de NOTRE responsabilité de donner un sens aux évènements pour mieux avancer.

Merci de partager vos histoires en retour et au plaisir de vous lire,

Christopher
Modifié en dernier par christol555 le 18 août 2022, 18:56, modifié 1 fois.
314r
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Re: Nos histoires vécues!

Message par 314r »

J'ai lu d'une traite.

Il y a que le forum est plus tranquille depuis qu'ils en ont changé le nom, le lien du forum est inexistant sur la page d'accueil du site web "mon relief".
Merci pour le partage.

Bienvenu et au plaisir d'échanger avec toi Christopher. :D
christol555
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Re: Nos histoires vécues!

Message par christol555 »

Effectivement, j'ai trouvé le forum sur Google par hasard, j'ai connu l'organisme ''Mon Relief'' par le biais du département de psychiatrie de mon hôpital.

Le lien est effectivement absent du site officiel, en espérant que les habitués du clavier répondent :)

Je trouvais ton idée de sujet excellente et elle m'a inspiré, ça m'a fait du bien d'écrire ce texte.

Merci pour ta lecture, au plaisir d'échanger avec toi également en retour :)
christol555
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Re: Nos histoires vécues!

Message par christol555 »

Je viens de trouver le lien du forum sur le site de ''Mon Relief''. Il faut descendre au bas de cette page en bas à gauche de la rubrique ''vous voulez du soutien?'': https://relief.ca/relief-1/besoin-aide
314r
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Re: Nos histoires vécues!

Message par 314r »

Oh, merci pour le lien, :D
christol555
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Enregistré le : 12 août 2022, 14:09

Re: Nos histoires vécues!

Message par christol555 »

Bonjour 314r,

Toi qui semble être un habitué du forum, y a-t-il des posts qui sont plus fréquentés (actifs) que d'autres et déjà créés à titre de journal de bord où l'on peut échanger de façon plus spontanée au quotidien?

Je vois pleins de posts qui semblent être de ce type, mais je n'ose pas me lancer au milieu d'une discussion déjà entamée :D

Merci beaucoup!
314r
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Re: Nos histoires vécues!

Message par 314r »

Salut salut,

Tu écris comme tu le sens, dans les fils de discussion qui t'inspirent, quel que soit la date du post d'origine ou du dernier message. Plein de matériels de qualité a été partagé par des centaines de membres. Relancer des discussions est un moyen.

Depuis le début de l'été il n'y a plus beaucoup fils qui roulent tous les jours sauf celui de Ouena, Mon blues du Covid, dans la section Troubles dépressifs.
Et le coin lecture en bas du forum. Le café a déjà été utilisé mais les prix sont devenus exorbitants alors les gens ne boivent que de l'eau. Pourtant tout est gratis dans le café mais bon.

Lances toi. Où que ce soit. Et ne te gène pas pour te démarrer un, deux , 25 ou 50 fils de discussion selon les sujets qui te plaisent. Un fil pour ton suivi personnel, comme un journal quotidien ou hebdomadaire est une bonne idée si tu veux te relire pour évaluer plus rapidement ton cheminement.

Au plaisir :D
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